Faut-il avoir peur de l’IA dans la
rédaction de contenus ?
Dans les années 60, Michael Bloomberg révolutionnait le monde de l’information en imaginant un logiciel capable de produire des brèves en insérant des informations (notamment financières) telles que les résultats d’une entreprise, les prix d’actions ou des indicateurs industriels, dans une sorte de texte à trous rédigé au préalable.
Style rédactionnel et rédaction d’articles
Sans remonter si loin pour parler d’IA, Kristian Hammond, fondateur de l’entreprise Narrative Science, élargissait le dispositif en créant un algorithme dotant le robot Stats Monkey d’une nouvelle capacité : adopter différents tons dès 2013, il y a plus de dix ans. Le style s’adaptait au contexte : une « salle des marchés » pouvait devenir « nerveuse », tandis que le commentateur sportif se faisait totalement « extatique ».
Au même moment, toujours en 2013, des chercheurs de l’Intelligent Systems Informatics (ISI) de l’Université de Tokyo mettaient au point un androïde apte à explorer son environnement en auto-nomie et à écrire sur les changements qu’il détecte autour de lui. L’innovation est de taille : le robot ne se contente plus de rédiger, il cherche et trouve l’information pour la rédaction d’articles. Grâce à sa caméra embarquée, le robot journaliste est également disposé à photographier la moindre mouvance de son environnement et à utiliser Internet pour parfaire ses connaissances sur le sujet qu’il traite, avant de publier son article sur le web.
Si de nombreux analystes criaient à la fin du journalisme, cette avancée technologique présentait pourtant plusieurs intérêts pour la profession : protection des journalistes en cas de conflit (car ils ne sont plus exposés), accroissement du nombre de sujets traités, et meilleure couverture de territoires parfois éloignés ou délaissés.
Mais ce sont aussi ces mêmes atouts qui dessinent les limites de l’invention. Car au fond, qu’attendent les lecteurs d’un article ? Une information fiable, oui, mais aussi une intention, un regard, une hiérarchie, une mise en perspective. Il faut donc distinguer deux grandes familles de contenus.
L’IA, un outil au service de l’humain et des rédacteurs web
D’un côté, le journalisme factuel et répétitif (résultats sportifs, cours de bourse, météo, comptes rendus automatisables, mises à jour de données) : l’IA peut apporter de réels bénéfices en termes de temps, de couverture, et de standardisation. Sur un site Internet, c’est aussi très utile pour produire des contenus structurés, mettre à jour des pages, reformuler des descriptions, générer des FAQ ou décliner des variantes selon des localisations et des usages à condition que la donnée source soit solide et vérifiable.
De l’autre, les articles de fond : enquêtes, reportages, analyses, interviews, récits, tribunes. Ici, les femmes et les hommes restent indispensables. Parce que l’investigation suppose une responsabilité (et parfois du courage), parce que la nuance ne se résume pas à un “bon style”, et parce qu’une information n’a de valeur que si quelqu’un répond de sa méthode : sources, contradictions, choix éditoriaux, contexte, éthique.
Ecrire ses contenus de site web avec l’IA ?
Alors, que les journalistes se réjouissent : l’IA débarrasse des tâches ingrates, rébarbatives ou prérilleuses. L’IA libère du temps pour les tâches nobles que sont l’analyse, la réflexion, l’investigation et la prise de position. Le journalisme et la rédaction web survivent et surviveront mais il changera de forme.
Avoir peur de “l’IA qui écrit” n’est pas le bon débat. Le vrai risque n’est pas qu’un robot prenne la plume : c’est que l’on publie plus vite que l’on ne vérifie, que l’on produise en masse des contenus sans valeur ajoutée, et qu’on confonde quantité et qualité. Dans ce scénario, le problème n’est pas l’outil, mais l’absence de cadre éditorial.
À l’inverse, utilisée intelligemment, l’IA devient un accélérateur : elle aide à structurer, résumer, reformuler, traduire, proposer des angles, produire des versions, améliorer la lisibilité… pendant que l’humain fait ce qu’aucun modèle ne peut faire à sa place : décider, vérifier, enquêter, arbitrer, assumer une ligne, et construire une relation de confiance avec le lecteur.
En clair : l’avenir n’appartient ni aux robots seuls, ni aux humains “sans IA”, mais aux rédactions et aux marques qui sauront combiner IA et exigence journalistique. Et sur le web, cette exigence est simple : un contenu utile, sourcé, incarné, et responsable. C’est là que se fera la différence.